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Vertiges

KV pour Kilomètre Vertical. Une course qui ne compte pas la distance parcourue, mais la hauteur. Tous les 50 m, l'organisation affiche le dénivelé restant à parcourir. 1000 m sur une seule course, c'est de la rigolade diront les traileurs, sauf que quand on répartit les 1010 m de dénivelé + (5 seulement de négatif) sur 2,5 km, en ligne droite dans la montagne, cela revient à une trajectoire simple. On se met au pied de la montagne et on la grimpe, presque en ligne droite. Les montagnards ne sont pas des gens compliqués.

Pour les matheux, si on enlève la petite descente et les 50 m de plat, cela fait une pente moyenne à 41%, avec des passages à plus de 60%.

L'envie est venue en discutant lors de la remise des prix du challenge 2016 avec des amis coureurs qui avaient tenté l'expérience. Elevé dans les coteaux du Sud Garonne, avec mes premiers fractionnés dans la rue coupo cambo (pente à 25%) à Agen, j'aime les courses à bosses... alors que dois-je attendre d'un grande côte de montagne ?

La préparation... euh  j'ai croisé quelques conseils de Philippe, des chaises, 3 fractionnés en côte sévère, un exercice de 4 000 marches... en version light : un peu de course quoi, de la marche en montagne nenni, pourquoi se fatiguer avant la course... on est pas là pour courir, pas pour marcher.

Départ en bas tout à droite. On devine la piste tout à droite qui suit la forêt puis file droit vers le premier sommet (vers 600m), il reste 400m masqués à monter

Départ en bas tout à droite. On devine la piste tout à droite qui suit la forêt puis file droit vers le premier sommet (vers 600m), il reste 400m masqués à monter

Arrivée sur le site : 1h30 avant la course, histoire de bien s'habituer à l'altitude (...) de distribuer généreusement les épingles à nourrice aux étourdis (pour une fois c'est pas oi)

Pas de lacet qui risque de défaire (lacet quicklace - désolé pour la pub- ou plutôt ce jour-là fastbreak, qui rend l'âme à ma 3 sortie en trail , ce qui donnera sans doute de la liberté à la foulée)

Pas de bâtons non plus (ne jamais donner le bâton pour se faire battre! ), bref cocktail bien préparé pour performer.

Pas beaucoup de têtes connues, plein de montagnards, armés de bâtons eux.

Mais un T-shirt manche longue (prudence on annonce 8° et du vent au sommet) sous le débardeur bien connu des asphaltiens.

Le départ, en pente "douce"!

Le départ, en pente "douce"!

10 h : départ de la course open; en meute. Un vrai ballet de bâtons. Le rythme des leaders est impressionnant.

10h30 : le premier concurrent s'engage, le doyen aussi (81 an!!!) (Papy où étais tu?), puis s'élancent les concurrents par rang d'âge toutes les vingt secondes.

10h44: on annonce le départ d'Olivier Catrou, "spécialement entraîné dans les côtes de Nogent Baltard"...zut je voulais passer incognito! Faut qu'il y ait un parisien de la fédé.

-900 m: tout va bien, je suis dans le rythme des autres V1, j'en ai doublé 2, un m'a repris; j'ai couru 1 minutes et je suis passé en mode marche rapide. Je pense que je tiens le rythme de 5 min/ 100 m de dénivelé. Au niveau cardio, je suis le rythme sans problème.

- 850 : la pente durcit, et mes mollets aussi, je commence à décélérer, un V1 doublé me repasse, et le moral s'évanouit ... comme le chemin. Il faut réfléchir ou poser chaque pas. Le rythme devient irrégulier, plus rien à voir avec une montée d'escalier.

- 800 là on est dans un gros raidillon, le rythme chute encore, et les muscles autour de mes lombaires ne sont plus que douleur... je suis au cinquième de la course: objectif : mettre un pied devant l'autre, sans tomber. Trouver les bons pas

- 700 : des cailloux,  de la boue, galère, un dos tétanisé... et j'ai chaud, beaucoup trop chaud

- 500 : ravitaillement : je prends un verre, du Génépi! Non... du coca... et des cacahuètes, un petit replat, ou un plat de 30 mètres, comme une oasis au milieu du désert. Je n'ai jamais été aussi heureux de courir 30 m. Cela faut tellement du bien à mon dos

- 400 : dernier petit replat, au-dessus les pentes sont toujours plus raides, mes mollets et mon dos aussi, je pense au maillot, faut terminer... et ne pas tomber, je ne sens plus mes mollets, je glisse, je trébuche, je ne m'appelle plus Catrou, mais Catpattes, les bras aident les mollets défaillants, alors que les montagnards filent toujours plus vite, comme des cabris. Calvaire...

- 200 : les pierriers, plus que de la pierre; objectif ne pas tomber... mais j'y crois.*

- 100 : la croix finale est en vue, le graal des "kiloverticaux", au milieu des rochers et des nuages qui s'accumulent. Une apparition. Je m'arrache pour boucler mon premier KV, pas forcément fier mais heureux.

En plongée, 800 m au-dessus de Méribel

En plongée, 800 m au-dessus de Méribel

0 : sentiment de plénitude; ambiance très sympa, je discute avec quelques coureurs rencontrés au départ, qui m'expliquent leur passion, qu'ils n'ont jamais couru de kilomètre aussi 'vertical" ... on est tous masos, mais on est fiers, la sérotonine est bien déchargée, et jamais je n'ai senti aussi bien mes jambes après une course... je serais prêt à repartir... (NB: pour les fondus, il y a une course de 6 heures, avec montées à volonté)

Epilogue ; autour d'une tartiflette à Méribel, arrosée d’une bière au génépi (toujours penser à une bonne acclimatation !)  Sous un soleil radieux, manque qu'une chose, les copains asphaltiens!

Morale : le gainage assidument tu feras, sinon l'alpage difficilement tu atteindras.

Morale de la morale : le KV est un sport à part, vraiment technique (taillé pour nos traileurs ?) ; pratiquer la marche nordique est nécessaire (Papy dans sa sagesse ajouterait : un autre sport, inutile de gaspiller ses qualités de coureurs, mais j’ai fait mien le proverbe de Bernardin de Saint Pierre : « En premier pense à vivre, cherche ensuite la sagesse ».

En chiffres, le KV est  la course de tous les records, le trail le plus court de ma vie, 2,5 km, l'arrivée la plus haute (à 2700 m), la pente moyenne la plus forte (41 %), le plus grand nombre de mains mises au sol, la moyenne la plus ridicule (2,62 km/h!!!), la plus grosse douleur aux lombaires aussi (incalculable)... mais quel paysage au sommet !

Une sortie club à venir… ?

Une sortie club à venir… ?

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Thierry 04/09/2017 22:29

Il parait effectivement que c'est un effort musculaire très spécifique. Tu t'es tapé du 1150 m à l'heure ... Respect
Je suis tenté mais ce n'est pas conseillé aux vieux tendons usés !!

Jean-Michel 04/09/2017 21:37

Pour toi 1000m de montée et pour nous 1000 lignes d'émotion pure (dans un fauteuil reconnaissons le).
Chapeau Olivier!

jean-paul 05/09/2017 12:27

Avec une bonne ascendance 1000m en 1demiheure faisable voir moins.....!