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24 Heures de Brive

Paul "le Gaillard", avec Olivier, Carmen et Anthony.
Paul "le Gaillard", avec Olivier, Carmen et Anthony.
Paul "le Gaillard", avec Olivier, Carmen et Anthony.

Paul "le Gaillard", avec Olivier, Carmen et Anthony.

Présentation

Lieu: Brive la gaillarde (Corrèze)

Date: 30/31 Mai 2019 (10 heures à 10 heures)

Parcours: Boucle de 1.15km environ dans un parc au bord de la rivière Corrèze

Sites Web : http://24h-brive.fr / Résultats détaillés sur : http://www.breizhchrono.com/detail-de-la-course/crs_id/12541/page/1/

Résultat : 177.317km / 43ème scratch / 2ème SEH

Préparation et Arrivée

Je me suis bien amusé en ce début d’année; j’avais plusieurs envies en plus de ce 24 heures. J’ai commencé par quelques cross, puis 15km de Charenton et Semi du Val de Marne (objectif de 1h20 atteint), et enfin me remettre au long avec l’Ultra Trail de la Brie des Morins (100km / 2000m D+) un mois avant les 24 heures. Un programme bien chargé.

Les semaines avant l’épreuve, je me suis concentré sur des rythmes de course faibles (11/10 km/h), et tenus longtemps, qui a culminé par une belle boucle d’environ 70 km le long de la Marne et au bois de Vincennes.

Deux semaines avant par contre, je sentais qu’il fallait que je commence la course à la récupération! Bien baisser en intensité et distance, car les jambes commençaient à fatiguer. Résultat, tout de même 330km en Mai avant les 24 heures, ça fait beaucoup mais ça m’a permis d’aborder la course non pas frais, mais sûr de moi sur des rythmes doux.

Avec Olivier et son ami Anthony, nous avons rejoint Brive en train, pour garder notre pêche et nous préparer à la nuit blanche. L’AirBnB choisi par Olivier était parfait, à 2 minutes à pieds du départ. Arrivés à 13 heures à Brive, nous avons eu le temps de faire les dernières courses (surtout des bouteilles d’eau), et de bien nous reposer.

Nous sommes aussi aller découvrir les “stands”, et avons eu l’agréable surprise de nous retrouver sur la même table, malgré des numéros de dossards différents. Un bon point pour l’organisation qui y avait pensé. D’ailleurs, il y aura peu de choses qu’ils auraient pu mieux faire. Les tables sont toutes situées sous un préau qui sert à abriter les différents marchés des caprices du Sud Ouest, et permet d’avoir un peu plus chaud la nuit et frais la journée.

Le veille au soir, un regard sur les partants nous annoncent un sacré niveau. Les grands noms français sont presque tous là, avec entre autre Stéphane Ruel (2ème des championnats d’Europe avec 263 km l’an dernier) et Patrick Ruiz (champion de France 2016 il me semble). Bref, pas mal de clients pour faire 240km.

10:00 12:00 (0-2 Heures de course): Départ Pianissimo

0 à 18.709km

Nous nous préparons tranquillement (Anthony, Olivier et moi), et partons pour le circuit vers 9 heures. Vers 9h30, tout est en place sur notre table et on nous guide vers le point de départ, un peu à l’écart du circuit pour une petite parade de 500m dans la ville de Brive. On se repose 20 minutes aux abords de la ligne de départ, profitant de ce dernier temps mort.

Mon objectif pour les deux premières heures est simple: ne pas dépasser 10 km par heures de moyenne, et garder un cardio suffisamment bas. C’est seulement après ces deux heures que j’envisageais d’accélérer si il faisait assez frais.

Mon premier arrêt aux stands après une heure pour changer de maillot et ajuster mes chaussures se passe bien. La chaleur pointe déjà et je préfère mon maillot plus léger au maillot du club (désolé Laurent). J’arrive à rester sous les 10 kilomètres par heure, mais le cardio est élevé pour cette allure, donc il est hors de question d’accélérer.

Devant par contre, c’est parti “pleine balle” à près de 13 km/h pour la tête de course, composée de Stéphane Ruel et de Benoit Potelle (ancien champion de France cyclo-cross). Bref, je ne stresse pas et reste dans mon plan.

12:00 à 20:00 (2-10 Heures de course): Les 100 bornes!

18.709 à 99.461km

Comme senti dans les deux premières heures, et après quelques tests supplémentaires, il ne fallait surtout pas accélérer dans la douceur (24 /25°C) de l’après midi, et être patient. J’avais prévu de recommencer à accélérer à partir de 19 heures uniquement, et le temps a été un peu long. C’est fou la différence que peut faire 1km/heure sur le mental!

Mais l’avantage des 24 heures est que l’on profite de ces temps-là pour retrouver des participants, parler un peu et essayer d’oublier la course. Je pense qu’assez vite, on connait une bonne dizaine de têtes minimum sur ces épreuves!

Mon rythme régulier semble payer en tous cas, je progresse doucement mais surement dans le classement, et je ne ressens pas le besoin de m'arrêter. Tout juste quelques arrêts techniques. Vers 17 heures, on sent que le pic de chaleur a été atteint. Mais le soleil rasant, parfois caché parfois fort rend la gestion du rythme compliquée, pour éviter la surchauffe. J’ai beau m’asperger abondamment, il m’est difficile de garder une température confortable. Dur de rentrer vraiment dans sa course dans ces conditions.

Vers 19 heures, je me permets d’accélérer légèrement, pour passer 100k en 10 heures ( et dépasser Olivier ;) ). Malheureusement, la chaleur est tombée moins vite que ce que j’avais ressenti, et je n’ai pas assez bu. Aux 100km, arrêt aux stands pour faire le point et essayer de trouver une stratégie pour refroidir et récupérer.

20:00 à 23:00 (10 à 13 heures de course): la fin des espoirs de 200

99.461 à 110.835km

Une fois mes esprits repris, je repars de plus belle, sans forcer. Je me change pour avoir un t shirt sec qui laisse bien passer l’air. Alors que je tourne, je sens que quelque chose cloche. Je fais un premier arrêt assez long. Puis, le soleil se couchant, je décide de faire un tour en marchant et profiter du spectacle. J’en profite pour appeler des proches pour me remonter le moral. Un des luxes des 24 heures! Mais juste après, les ennuis gastriques commencent.

Avec mon estomac en béton (je prêche le mélange chocolat/saucisson en trail), ça ne veut dire qu’une chose: déshydratation. Assis, je tremble en ayant chaud, je suis pâle. Bref, pas question de repartir courir tout de suite. Je bois 1l5 d’eau et électrolytes, et heureusement je sens que je récupère quelque peu.

Je me fixe comme objectif alors de recommencer à courir à 23 heures, après presque deux heures de repos et plus de deux litres bus.

Vers 22h30, je reprends tout doucement des tours en marchant. Une fois sur la piste, l’envie de continuer revient. Malgré la forme basse et une énergie qui m’échappe, je me dis que le plus important est d’avancer.

23:00 à 2:00 (13 à 16 heures de courses): A la recherche des endorphines perdues

110.835 à 126.757km

La reprise est dure, les muscles et les tendons sont douloureux. J’essaie de passer outre, et ça passe pas mal la première heure. J’arrive à courir à un tout petit rythme, mais à courir tout de même. En particulier, la petite bosse du parcours passe plutôt bien.

Mais la deuxième heure est terrible. J’ai le sentiment de rester bloqué dès que j’essaie de courir. Les tours en marchant commencent à s’accumuler.

Olivier ressort du kiné frais comme un gardon (dixit Anthony, pas Olivier), et Anthony me convainc de tenter ma chance. J’aime bien aller chez le kiné pour me faire masser, moins le fait de perdre du temps. Car ils ont tendance à ne pas laisser partir tant qu’ils ont l’impression qu’ils peuvent améliorer quelque chose. Ils ont tout à fait raison, mais qu’est-ce que c’est frustrant une fois allongé sur la table de massage! Le cerveau du coureur est pas toujours très malin…

Le kiné a rempli sa fonction, et je me sens effectivement prêt à repartir. Mes douleurs sont bien adoucies, je me suis bien étiré, et en plus au frais et allongé j’ai pu remettre mon cerveau à l’endroit.

 

2:00 à 9:00 (16 à 23 Heures de Course): Objectif 170

126.757 à 169.977km

A la sortie du kiné, malgré tous ses efforts et une certaine fraîcheur mentale, la réalité me rattrappe vite. Je vais moins vite qu’au début. Peu importe, il faut que je voie ce que je peux faire. Hors de question de ne pas battre mon record de l’an dernier, je suis en bien meilleure forme et bien plus entraîné!

A ce stade, Olivier a trop mal au genou et ne peut plus suivre même mon tout petit rythme. Il doit se reposer, et c’est ce qu’il décide de faire, bien lui en a pris. Mais pour moi, il faut que je me fixe un objectif. Je demande alors à Anthony à quel rythme je dois aller pour atteindre 170km. Sa réponse me remonte le moral: entre 11 et 12 minutes au tour. Je tourne entre 8:40 et 9:30 quand je cours, et je tombe à 12:30 quand je marche. Banco! C’est l’objectif que je me fixe. Peu de risque de se faire mal, et une bien plus belle marque qu’à Champigneulles il y a un an.

Les heures passent, certaines lentement, certaines me surprennent tant elles se finissent rapidement. Je mange, je bois, je vais aux toilettes, je cours. Et la régularité est là, je fais du 6,5 à l’heure pendant les 5 premières heures, bien mieux que ce qui était nécessaire. Le soleil se lève, au début le ciel devient bleuté au loin, puis la lumière des lampadaires devient moins éblouissante, et enfin on revoit parfaitement la piste. Olivier se réveille et ça tombe bien, j’ai besoin d’un petit boost et il m’accompagne pour un ou deux tours en marchant. Puis je me remets à courir, mais lui continue à marcher à côté de moi! On s’amuse de nos styles bien différents.

Au petit déjeuner, c’est tartines beurre/miel au ravito, j’en mange une bonne quantité. Ca me change de ce que j’avais pris jusque là, et ça remonte le moral de manger de la vraie nourriture.

A 9:00, j’arrive à 169.977 km. Objectif atteint, la dernière heure ne sera que du bonus!

9:00 à 10:00 (24ème heure de course): C’est long mais c’est bon!

169.977 à 177.317

Qu’elle est longue cette heure! Je la commence en marchant, mon objectif en poche. Chaque tour est une éternité, mais l’ambiance monte. Olivier m’accompagne pour l’occasion, et on parle de tout et de rien. Je garde en tête que j’aimerais bien faire un tour rapide pour finir, mais les jambes semblent mortes.

On déconne bien entre nous, on encourage les têtes connues (et on regarde vite fait que ma place de 2ème sénior homme n’est pas à risque ;) ). Bref, l’objectif est de profiter, de s’imprégner de ce parcours que j’ai parcouru 150 fois, et de se laisser prendre à l’émotion d’un beau bout de course accompli.

Et puis Olivier part devant. Il me dit qu’il veut tourner en 7 minutes (environ 10km/h). Au début je ne m’y accroche pas, tant pis, les jambes sont lourdes, ça ne changera pas la face du monde. Et puis j’arrive au stand, et Anthony me motive, et je vois un concurrent recommencer à courir. Et c’est le déclic. Bon, j’y vais, c’est parti pour un tour assez rapide. Je double le concurrent que j’avais vu au loin, car il se remet à marcher. Je n’ai plus de lièvre. Sans lièvre, seul face au chrono, je décide tout de même d’allonger la patte.

Surprenamment, ce n’est pas désagréable. Porté par l’ambiance, j’en remets une petite et hop, je passe la ligne. Je sais que pour avoir un tour officiel le plus bas possible, c’est à ce moment qu’il faut tout donner. Il reste 7 minutes.

Et je donne tout. Pris à la corde le virage des stands, engloutie la petite bosse, la descente me relance et le long de la Corrèze je donne tout. Je passe la ligne et je vois mon temps au tour: 4:20 pour engloutir les 1.136km, soit 15,7 km/h! Excellent! Le marqueur en main, je continue à courir encore un peu. Le pistolet, premier coup.

Puis le deuxième. ENFIN. Je m’assieds, la tension retombe, les jambes flageolent un peu, et j’attends le métreur, le dossard et le marqueur posés au sol.

Fini!

Une fois le métreur passé, il ne me reste plus qu’à retourner à la ligne d’arrivée, me ravitailler un peu et prendre une douche. C’est facile dit comme ça, mais il m’était très difficile de marcher! Heureusement qu’il y a eu l’épaule solide d’Olivier pour me faire parcourir les 200 mètres qui nous séparaient du ravito.

Puis je suis allé me doucher dans un hôtel, grâce à des chambres réservées par l’organisation. On pouvait maintenant flâner, attendre le train en terrasse d’un bar, profitant de la douceur du Sud.

Je suis très reconnaissant envers toute notre petite équipe, Olivier pour l’orga, la motivation et les tours en plus où il m’a tiré, Anthony pour son soutien et sa franchise pendant la course, et Carmen et les parents d’Olivier pour avoir été de très bons supporters, même si j’étais trop pris par la course pour vraiment leur parler!

Au final, je me suis encore bien amusé sur un 24 heures, ça a comme un goût de reviens-y cette épreuve!

 

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jerome G 05/06/2019 17:52

Merci Paul pour ce récit, qui ne peut que laisser admiratif ! Et surtout bravo pour ta performance et ton courage.